De la criée du port de pêche à un lieu de rencontres et de culture
Le quartier de l’Encan à La Rochelle
Sur le quai du bassin des Chalutiers, l’Encan raconte l’histoire maritime de La Rochelle. Jadis halle à marée bourdonnante, il fut le cœur du port de pêche pendant près d’un demi-siècle. Autour de lui, le quartier a changé de visage sans perdre son souffle. Là où s’activaient les mareyeurs s’installent aujourd’hui le centre de congrès, le Musée Maritime, l’Aquarium, des ateliers d’artisans, des lieux de création et de convivialité. L’Encan n’a jamais cessé d’être un lieu d’échanges, entre mer et ville, mémoire et modernité.
Aux origines de
la criée de La Rochelle
Fermez les yeux. Imaginez le brouhaha du port, les appels des crieurs, les bottes mouillées qui claquent sur le quai et l’odeur du poisson fraîchement débarqué. Pendant plus de quarante ans, c’était le quotidien de la criée de La Rochelle, installée sur le quai Louis-Prunier, là où se dresse aujourd’hui l’Espace Encan.
Entre 1956 et 1994, cette grande halle à marée fut l’épicentre du port rochelais. Chaque jour, les chalutiers rentraient chargés de merlus, dorades ou bars. Les pêcheurs déchargeaient leurs caisses, les trieuses s’activaient, les mareyeurs enchérissaient à la voix. Jusqu’à 700 tonnes de poissons par semaine transitaient ici, dans une ambiance à la fois intense et joyeuse.
Mais l’histoire du marché aux poissons rochelais remonte bien plus loin. Dès le XIIIᵉ siècle, il a changé plusieurs fois de lieu : du centre-ville à l’ancien couvent des Carmes (aujourd’hui La Coursive), avant de s’installer définitivement au bord du bassin des chalutiers. À la fin du XIXᵉ siècle, avec l’arrivée des chalutiers à vapeur, la pêche prend une ampleur inédite. Dans les années 1950, une nouvelle halle moderne voit le jour : l’Encan, inaugurée en 1956.
Pendant les Trente Glorieuses, La Rochelle fait partie des ports les plus actifs de France. Le poisson est partout, les métiers de la mer foisonnent, et la criée devient un repère dans la vie quotidienne des Rochelais.
Quand la criée ferme ses portes en 1994 pour rejoindre le port de Chef de Baie, c’est toute une époque qui s’achève. Pourtant, le bâtiment n’a jamais vraiment tourné la page. Aujourd’hui transformé en centre des congrès, l’Espace Encan garde l’âme du lieu : ses grandes baies ouvertes sur le bassin avec leurs volets coulissants en bois, les quais de déchargement … Tout ici respire encore le sel et les souvenirs.
Un patrimoine en mouvement
l’Encan réinventé
Là où résonnaient autrefois les cris des mareyeurs, se déploie désormais un quartier créatif et animé, qui a su garder l’esprit du port tout en se réinventant.
Sous la grande halle, symbole de cette métamorphose réussie, l’Espace Encan est devenu un dynamique centre de congrès et d’événements. Chaque année, des milliers de visiteurs s’y croisent, entre salons, concerts, rencontres professionnelles ou fêtes populaires, prolongeant ainsi la vocation première du lieu, rassembler et échanger. Juste à côté, le Musée Maritime veille sur la mémoire du port. Ses vieux gréements, amarrés le long du quai, racontent l’histoire d’une ville façonnée par l’océan. Un peu plus loin, l’Aquarium, l’un des plus visités d’Europe, attire chaque année des milliers de visiteurs.
Dans les anciens entrepôts reconvertis de l’Encan, on trouve désormais des espaces hybrides et innovants. Le Comm’on lab, lieu de découvertes et d’expérimentations pour tous les curieux des sciences. Le Studio 900 accueille des artistes en résidence, participe à la construction des créations et à leur diffusion. La Fabuleuse Cantine propose une restauration responsable avec une carte anti-gaspi, c’est également un lieu incontournable de la scène musicale rochelaise avec une programmation inclusive et respectueuse de la parité. Juste à côté, le skatepark de l’Encan prolonge cette énergie créative : un espace ouvert sur le port où riders et familles se retrouvent autour d’une glisse accessible à tous. Conçu dans une démarche participative et durable, il est devenu un véritable terrain d’expression urbaine, vitrine du dynamisme rochelais.
Autour, les commerces et ateliers perpétuent le lien entre l’artisanat et la mer, les couteaux Farol, les sacs marins Matlama, ou les créations design d’Orbe prolongent à leur manière l’esprit des quais. Et si l’on s’éloigne un peu, c’est tout un quartier vivant qui s’ouvre : la gare, l’université, la médiathèque Michel-Crépeau, les promenades autour du bassin… autant de lieux où se mêlent étudiants, familles, visiteurs et Rochelais.
L’Encan n’est plus la halle à marée d’hier, mais il en garde l’énergie. Ce lieu, témoin d’une époque où La Rochelle vivait au rythme des marées, est devenu un pôle de rencontres, de culture et d’innovation. Une reconversion réussie, à l’image d’une ville qui fait dialoguer son héritage maritime avec le monde d’aujourd’hui.

Le temps d'une journée
La Criée reprend vie
Ces dernières années, deux éditions de la Criée de l’Encan ont fait revivre l’ambiance d’autrefois sous la grande halle. Le temps d’une journée, l’Espace Encan retrouve alors l’énergie du port de pêche : marché des produits de la mer, ateliers, musique et vente à la criée en direct.
Sous la grande halle, le lieu reprend vie comme au temps de la criée. Les visiteurs flânent entre les étals du marché de la mer, découvrent une exposition réalisée par les élèves du Lycée Maritime autour des espèces locales et des métiers du large, ou s’initient aux nœuds marins aux côtés du Musée Maritime.
Tout au long de la journée, l’ambiance se réchauffe au rythme de la musique et des rencontres. Les produits de la mer sont à l’honneur, partagés dans une atmosphère conviviale qui rappelle l’esprit des quais d’autrefois.
Point d’orgue de la journée, la vente à la criée en direct fait résonner à nouveau les appels du crieur sous la halle. Un clin d’œil vivant à l’histoire portuaire de La Rochelle et à ces années où le quartier de l’Encan vivait au rythme des marées.

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Écrit par
Barbara Bruneel