rencontre avec deux experts

Marais et zones humides de l’agglomération rochelaise

Marais d’Yves, Tasdon, Pampin… Ces paysages entre terre et mer façonnent l’identité de notre territoire. Avec Thomas Hérault, conservateur de la Réserve naturelle du marais d’Yves, et Audrey Duriez, spécialiste des zones humides au Forum des Marais Atlantiques, nous explorons le rôle essentiel de ces milieux face au changement climatique et à l’érosion de la biodiversité.

Audrey Duriez et Thomas Hérault

    Comprendre les zones humides

    Entre dunes, vasières, lagunes et prairies humides, les zones humides de l’agglomération rochelaise sont bien plus que de beaux paysages. Nous les longeons à vélo, nous les observons en hiver, nous les traversons parfois sans en mesurer toute la richesse. Pourtant, elles sont des alliées majeures pour l’eau, le climat et la biodiversité.

    Quelles sont leurs principales caractéristiques ?

    Audrey Duriez : “Le Code de l’environnement définit les zones humides comme des terrains, exploités ou non, habituellement inondés ou gorgés d'eau douce, salée ou saumâtre de façon permanente ou temporaire, dont la végétation, quand elle existe, y est dominée par des plantes hygrophiles pendant au moins une partie de l'année.

    Thomas Hérault : “De l’estran vaseux composé de dunes sèches et mares temporaires au marais constitué de roselières, de prairies humides, de haies de tamaris, de bosquets, de fourrés ou encore des lagunes et vasières alternant entre eaux douces et salées selon les marées, la baie et le marais d’Yves offrent une mosaïque de milieux naturels. Cette diversité crée des habitats variés pour une faune et une flore exceptionnelles, dont certaines espèces rares ou menacées.”

    Combien de zones humides compte le territoire de l’agglomération rochelaise ?

    Audrey Duriez : “Elles sont nombreuses : le marais de Tasdon, la pointe Saint-Clément à Esnandes au sud de la baie de l’Aiguillon et aux portes du Marais Poitevin, le nord du marais de Rochefort, le marais de Pampin à L’Houmeau… Ces milieux forment un réseau écologique essentiel.”

    Thomas Hérault : “S’étendant sur 1 206 hectares, la Réserve Naturelle Nationale du marais d’Yves constitue la principale zone humide de l’agglomération rochelaise. Classée depuis 1981, elle est gérée par la Ligue pour la Protection des Oiseaux (LPO). À cela s’ajoutent notamment les marais de Tasdon et de Pampin.”

    Pourquoi sont-elles si précieuses pour notre environnement ?

    Thomas Hérault : "Elles jouent en effet un rôle écologique majeur. En premier lieu, elles agissent sur le cycle de l’eau comme des éponges naturelles, limitant les inondations et filtrant les polluants. Leur contribution à notre bien-être commun passe aussi par leurs sols qui stockent deux fois plus de carbone que les forêts. De même, en abritant une multitude d’espèces végétales et animales, dont certaines sont endémiques ou menacées, les zones humides participent à la préservation de la biodiversité."

    Audrey Duriez : "Elles jouent un rôle essentiel dans le cycle de l’eau en favorisant son infiltration et son épuration, en la stockant en période d’inondation et en la restituant en période de sécheresse. Dérèglement climatique, inondations, sécheresses, effondrement de la biodiversité, les zones humides font partie de la solution."

    Panneau d'information à l'entrée de la Réserve Nationale de la Baie et du Marais d'Yves

    "Ces milieux forment un réseau écologique essentiel"

    Audrey Duriez

    Un rôle clé pour l’eau et le climat

    • Épuration naturelle de l’eau par filtration des polluants et des nutriments,
    • Régulation du climat local via le maintien de l’humidité et du rafraîchissement de l’air,
    • Protection contre l’érosion côtière, les marais et les dunes agissant comme des barrières naturelles.

    Des milieux pourtant fragiles

    Quel est l'enjeu principal à préserver ces espaces naturels ?

    Audrey Duriez : "Au cours du dernier siècle, plus de la moitié des zones humides a été détruite. Cette disparition entraîne un effondrement de la biodiversité spécifique à ces milieux, ainsi qu’une augmentation du risque naturel, comme les inondations, les submersions, la pollution de l’eau, etc."

    Thomas Hérault : "Le maintien de la biodiversité et la lutte contre les effets du changement climatique sont les enjeux majeurs. La disparition des zones humides entraîne la perte d’habitats pour des espèces protégées et réduit la capacité de stockage du carbone, aggravant ainsi le réchauffement climatique."

    Quelle biodiversité peut-on y observer ?

    Les zones humides constituent à la fois une ressource alimentaire pour les oiseaux, les poissons et les mammifères, et un habitat essentiel pour la faune et la flore. Elles offrent un refuge aux oiseaux migrateurs, aux amphibiens, aux insectes et à certaines plantes rares.

    Audrey Duriez

    « Je suis cheffe de projet en charge des indicateurs de suivi en zones humides. J’accompagne les porteurs de projets dans le déploiement d’indicateurs permettant d’évaluer l’efficacité de leurs travaux de restauration.

    Je travaille au Forum des Marais Atlantiques, un syndicat mixte et établissement public créé dans les années 1990. Aujourd’hui, nous sommes une vingtaine de salariés, avec un siège à Rochefort, deux antennes à Brest et Saint-Omer, ainsi qu’un bureau à Angers.

    Nos missions sont dédiées à la préservation et à la gestion durable des zones humides. À l’échelle locale comme nationale, nous agissons pour accroître les connaissances sur ces milieux, apporter un appui méthodologique et technique aux porteurs de projets et animer les réseaux d’acteurs. »

    Son coin favori : 
    « J’apprécie de me balader sur l’ensemble des sites de l’agglomération rochelaise en hiver pour observer les migrateurs et au printemps pour écouter les chants. Ces lieux sont des espaces de quiétude où l’on prend vraiment le temps"

    Thomas Hérault

    « Je suis conservateur de la Réserve naturelle du marais d’Yves. Mon rôle consiste à en organiser et en garantir la bonne gestion au quotidien. Je suis employé par la Ligue pour la Protection des Oiseaux, une association loi 1901 reconnue d’utilité publique depuis 1986. La LPO joue un rôle majeur dans la préservation de la biodiversité et des écosystèmes en France, en agissant pour la protection des espèces et de leurs habitats. »

    Son coin favori : 
    « La digue des Boucholeurs permet d’observer les oiseaux de la vasière sans les déranger. Le sentier du littoral dans l’anse de Fouras est également remarquable. »

    Thématique

    Écrit par

    Yann Vrignaud