Sur les traces du passé colonial de La Rochelle

Quand on pense à La Rochelle, on imagine ses tours, son Vieux Port animé ou encore son riche patrimoine maritime. Mais derrière ses façades de pierre blanche se cache aussi une histoire plus complexe, bien souvent méconnue : celle de son implication dans le commerce colonial et la traite négrière aux 17ᵉ et 18ᵉ siècles. Marcher aujourd’hui dans le centre-ville, longer les quais ou lever les yeux sur les hôtels particuliers, c’est déjà ressentir cette mémoire inscrite dans la pierre. Parce qu’il est nécessaire d’aborder cette période sensible, la ville a choisi de l’expliquer plutôt que de l’effacer. Comprendre ce passé éclaire le présent et permet de mieux saisir l’héritage laissé par ces siècles de relations entre Europe, Afrique et Amériques.

La Rochelle et son rôle dans le commerce triangulaire

En 1628, le siège de La Rochelle laisse la ville exsangue, entraînant la quasi disparition de toute activité commerciale. Pendant la seconde moitié du 17ᵉ siècle, marchands, négociants et autres armateurs s’intéressent alors aux colonies naissantes. La demande croissante de produits coloniaux en Europe incite les Rochelais à investir dans les sucreries et habitations et à soutenir le système esclavagiste.

Dans les années 1660 à 1685, La Rochelle devient le premier port colonial français. Du 16ᵉ au 19ᵉ siècle, plus de 420 navires partent de son port dans le cadre du commerce triangulaire. Près de 130 000 esclaves sont déportés des côtes africaines vers Saint-Domingue, faisant de La Rochelle le deuxième port négrier de France derrière Nantes. Le 26 avril 1792, le Saint Jacques est le dernier navire négrier à quitter le port rochelais.
 

Noms de rues et hôtels particuliers : témoins du colonialisme à La Rochelle

Pendant longtemps, cette histoire est restée peu évoquée. Aujourd’hui, de nombreux lieux rappellent pourtant l’importance du commerce triangulaire dans l’enrichissement de certaines familles rochelaises : hôtels particuliers de la rue Réaumur, ancienne demeure Poupet devenue préfecture, plaques commémoratives sur des rues portant le nom d’armateurs…

Depuis 2021, un parcours mémoriel permet de découvrir ces lieux. Plutôt que de renommer les rues, la municipalité a choisi d’ajouter des plaques explicatives pour replacer ces figures dans leur contexte historique.

Dans la cour de l’Hôtel de la Bourse, on peut admirer des poupes de navires, et des trophées de Levasseur, sculpteur de l’arsenal à Rochefort.

De l’exposition coloniale de 1927 aux mémoires d’aujourd’hui

La colonisation ne s’arrête pas avec l’abolition de l’esclavage en 1848. Moins d’un siècle plus tard, La Rochelle organise son exposition coloniale de 1927. Du 31 juillet au 28 août, près de 250 000 visiteurs déambulent entre les parcs d’Orbigny et Charruyer et l’allée du Mail. Produits venus des colonies, reproductions architecturales et même un “village africain” (appelé Libre-ville) y sont présentés, reflet des représentations de l’époque et héritage des “zoos humains”. Après la fin de la traite négrière, les armateurs rochelais mettent le cap sur l’Afrique. À travers cette exposition, c’est l’envie de sensibiliser les rochelais à l’importance du commerce entre la métropole et les colonies qui prime.

Aujourd’hui, la ville a engagé un travail de mémoire pour contextualiser ces événements et sensibiliser aux représentations du passé colonial. La Rochelle est membre fondateur de la Fondation pour la Mémoire de l’Esclavage, avec 21 autres villes métropolitaines et ultramarines. Cette démarche se traduit par des expositions temporaires, des conférences et des commémorations comme le Mois des Mémoires organisé chaque année en mai.
 

Statue de Clarisse, hommage à une nourrice-esclave rochelaise, au début de l’allée Aimé Césaire, à côté du Casino

Focus sur

Le Musée du Nouveau Monde

Fondé en 1982 dans l’hôtel Fleuriau, le Musée du Nouveau Monde retrace les relations entre l’Europe, les Amériques et l’Afrique. Les collections, cartes anciennes, objets autochtones, peintures, permettent de comprendre le commerce colonial et la traite négrière. Dans la cour, la statue de Toussaint Louverture, réalisée par l’artiste haïtien Ousmane Sow, rend hommage au héros de l’abolition de l’esclavage à Saint-Domingue.

Découvrir la mémoire coloniale aujourd’hui

Pour aller plus loin, plusieurs initiatives et visites permettent d’explorer cette histoire :

  • Musée du Nouveau Monde : collections et parcours sur le commerce triangulaire et la colonisation.
  • Parcours “Mémoires rochelaises” : plaques explicatives et hôtels particuliers en centre-ville (parcours PDF).
  • Statue de Clarisse : hommage à une nourrice-esclave rochelaise, au début de l’allée Aimé Césaire, à côté du Casino.
  • Mois des Mémoires (mai) : commémorations, expositions, conférences et débats autour de l’histoire coloniale et de l’esclavage.
  • Visite guidée “Les Grandes Demeures Rochelaises” : découvrir l’histoire des familles d’armateurs. Plus d'infos ci-dessous.

Musées & visites

La Rochelle porte dans ses murs une histoire complexe et essentielle à raconter. Explorer ces traces, c’est mieux comprendre la ville d’aujourd’hui et rendre hommage à celles et ceux qui ont marqué cette mémoire collective.

Thématique

Écrit par

Amélie Manceau