Rencontre

Marine, productrice de spiruline à Saint-Xandre

Marine, rochelaise et bien nommée, a fait de la mer un élément vital et central dans sa vie et son parcours professionnel. Etudes en océanographie et environnement, missions de plongée pour étudier les récifs coralliens… sa route finit par croiser l’univers de la spiruline qui va la passionner. C’est là que tout commence ! Elle passera 3 ans à Marseille dans une ferme qui cultive la spiruline et va découvrir un aliment surprenant et hors du commun, aux vertus et valeurs nutritionnelles exceptionnelles. Ses spécificités, son histoire et son mode de culture vont la séduire à tel point qu’elle décide, fin 2019, de devenir elle-même spirulinière et d’implanter sa propre ferme à Saint-Xandre, tout près de La Rochelle. Rencontre avec une femme inspirante, pétillante et animée, aujourd’hui paysanne et à la tête de la ferme « Spiruline de La Rochelle » où s’épanouit autant qu’elle sa spiruline, cet aliment microscopique aux grands pouvoirs !

Marine Couraudon

Productrice de spiruline paysanne

    La spiruline 

    Un aliment le plus complet après le lait maternel !

    Si la spiruline est microscopique, elle a tout d’une grande ! Aliment à part entière, doté de valeurs nutritionnelles exceptionnelles, c’est après le lait maternel, le plus riche qui existe en protéines, fer ou encore bêta-carotène. La spiruline est aussi gorgée de vitamines, minéraux, magnésium, potassium, oligoéléments, omégas 6… En bref, la spiruline contient tout ce dont le corps a besoin, excepté la vitamine C et les omégas 3 !

    Tout d’abord, en quelques mots

    Qu’est-ce que la spiruline ? Est-ce une plante ? Une algue ?

    « La spiruline, c’est l'arrière-arrière-arrière… arrière-grand-mère des végétaux. Elle existe depuis 3.5 milliards d'années ! Elle fait partie des premiers organismes qui ont existé.

    C’est en fait l’ancêtre des algues et des plantes, mais ce n’est ni une algue, ni une plante ! C’est plus primitif que cela : c’est une bactérie microscopique (une cyanobactérie) qui se développe comme les plantes grâce à l’énergie lumineuse (par photosynthèse).

    Aujourd’hui encore, on la retrouve naturellement dans des lacs tropicaux en Afrique, Amérique Latine, Birmanie, Inde, Mayotte…

    Quant à son nom, il lui vient de sa forme en spirale lorsqu’on l’observe au microscope. »
     

    Un découverte à Marseille

    Qu’est-ce qui vous a donné envie de créer votre ferme et cultiver la spiruline ?

    « J’ai découvert la spiruline vraiment par hasard, grâce à une offre d’emploi basé à Marseille, dans une ferme qui la cultive justement. J’ai immédiatement été intriguée, captivée et séduite !

    Là-bas, pendant 3 ans, j’en ai tout appris : son histoire, ses qualités nutritionnelles, les différentes techniques de culture et de récolte… Et j’y ai retrouvé tout ce que j’aime faire depuis des années dans le cadre de mes études (en océanographie), mes missions de plongée ou à bord de bateaux de pêche : être sur le terrain, en bottes et les mains dans l’eau, à observer, surveiller, manipuler, analyser, étudier, comprendre… Et une finalité concrète : cultiver un aliment qui nourrit et apporte de multiples bienfaits à notre corps !

    J’aime aussi cette dimension de circuit court, de la ferme à l’assiette, où tout est réalisé sur place : la culture, la récolte, le séchage, l’ensachage et la vente ! Et la possibilité pour moi de partager ma passion avec le consommateur, directement à la ferme ou sur les marchés. C’est tellement complet et épanouissant ! »

    Justement, il y a des grands bassins sous votre serre.

    Expliquez-nous comment vous cultivez votre spiruline ?

    « La spiruline, c’est du vivant. Alors sous ma serre, je reproduis les conditions tropicales dont elle a besoin, notamment une eau entre 20 et 40°, idéalement à 37°, comme le corps humain !

    En automne et en hiver, en dessous de 20°, elle ne se développe pas, elle est en dormance.

    Mais dès les premières chaleurs du printemps et une luminosité suffisante, la spiruline commence à se développer et se multiplier. A l’inverse, si elle a trop chaud, au-dessus des 40° et exposée à une trop forte lumière, elle meurt.

    Elle ne doit pas non plus stagner. Comme elle capte l’énergie du soleil, elle est brassée en continue (à l’aide d’une roue à aubes) pour la renvoyer sous l’eau et lui permettre de se reposer.

    Les lacs tropicaux dans lesquels elle se développe en milieu naturel sont constitués d’eau saumâtre : moitié moins salée que l’eau de mer. J’ajoute alors à mon eau douce du sel de l’île de Ré pour obtenir la bonne salinité.

    Il faut aussi veiller au bon pH et à alimenter les bassins en minéraux nécessaires pour bien nourrir la spiruline.

    C’est essentiel d’être présente chaque jour pour surveiller la culture, que tout se passe bien et être réactive quand elle est prête à être récoltée. »
     

    Racontez-nous comment se déroule la récolte de la spiruline ?

    « Quand la spiruline est prête, la récolte commence très tôt le matin pour conserver toutes ses qualités

    Concrètement, entre la sortie du bassin et les paillettes de spiruline, il se passe seulement 24 heures. C’est l’idéal pour conserver toutes les qualités de la spiruline et garantir un goût léger.

    Il existe plusieurs techniques, mais j’ai opté pour celle adaptée à ma spiruline, assez flottante.

    Je stoppe donc la roue à aubes pour la faire remonter à la surface, je positionne une barre métallique au ras de l’eau pour faire office de barrage et, avec une pompe, j’aspire un concentré de spiruline pour l’envoyer sur de grands tamis à la maille très fine. Cela lui permet de s’égoutter tranquillement et prendre la texture d’une crème.

    La suite se passe ensuite dans mon labo ! Le concentré récolté est pressé, pour enlever l’air et l’eau présents entre les spirales et obtenir une sorte de pâte, semblable à du beurre mou.

    À ce stade, la spiruline est consommable, mais ne peut être gardée que 2 jours au réfrigérateur.

    C’est donc pour la conserver plus longtemps, tout en maintenant ses qualités nutritionnelles et gustatives, que je la mets à sécher à température ambiante (inférieure à 40°) sous forme de spaghettis. Elle est ensuite concassée pour lui donner sa forme finale de petits vermicelles, prêts à manger ! »
     

    On veut se régaler

    Des conseils et des idées à nous donner pour bien la consommer ?

    « La spiruline peut se consommer toute l’année et de manière régulière, comme n’importe quel aliment.

    En revanche, quand cela est nécessaire, pour combler une carence ou pour se rebooster par exemple, on peut entamer une cure plus poussée.

    La spiruline peut être mangée tant en salé qu’en sucré ! Sa forme de petites paillettes permet de la saupoudrer sur vos salades, yaourts, soupes… Elle peut aussi être incorporée à des préparations : smoothies, jus de fruits, cocktails avec ou sans alcool, rillettes ou tartinades… Son goût très doux lui permet de s’associer à beaucoup de recettes !

    Je produis aussi la spiruline sous forme de poudre pour les boissons (smoothies, jus) ou pour d’autres utilisations : cosmétique, en masque visage par exemple, ou pour réaliser des cataplasmes sur une plaie. »

    Un engagement profond

    Une ferme paysanne, engagée dans le circuit court et éco-responsable

    Marine est passionnée par son métier, mais aussi porteuse de valeurs écologiques fortes, engagée dans une démarche de circuit court, éco-responsable et respectueuse des techniques paysannes. L’eau, l’énergie, les matières premières… Tout est pensé pour répondre positivement aux enjeux environnementaux actuels.

    • Sa production permet de capter 40 tonnes de CO2 par hectare et par an, et n'émet aucune émission. Le bilan carbone de la spiruline est proche de zéro.
    • La culture de spiruline ne nécessite qu’une faible consommation en eau (circuit fermé), en comparaison à d’autres productions agricoles (10 fois moins d'eau que n'importe quelle culture par exemple).
    • L’eau est chauffée naturellement grâce à l’effet de la serre, aucun chauffage n’est utilisé. Et cela permet de respecter le cycle naturel du vivant et de la spiruline.
    • La spiruline contient une forte quantité de protéine (65% en moyenne), ne nécessitant qu’une petite surface agricole pour être produite.
    • Elle est aussi cultivée dans le respect de la saisonnalité.
    • Sur la ferme, plus de 1200 arbres ont été plantés pour recréer un espace de biodiversité pour la faune et la flore.

    Vous cultivez votre spiruline de manière paysanne

    Qu’est-ce qui la différencie d’une spiruline industrielle ?

    « La spiruline qu’on retrouve sur le marché provient principalement de fermes industrielles implantées en Chine ou aux États-Unis. Ces fermes sont immenses et produisent la spiruline de manière intensive et non respectueuse de l’environnement, de la saisonnalité et des qualités nutritionnelles.

    Elles pratiquent notamment un séchage à plus de 150°, gourmand en énergie et altérant la qualité finale. Cette spiruline est de ce fait moins riche en valeurs nutritionnelles, son goût est bien plus prononcé et son odeur est plus désagréable que la spiruline paysanne.

    Le processus de séchage à température ambiante (inférieure à 40°) que je mets en place dans ma ferme permet de conserver toutes les propriétés nutritives et gustatives de la spiruline : un maximum de nutriments et un goût très doux !

    Et pour valoriser cette technique pratiquée par l’ensemble des fermes paysannes françaises (près de 150 existent aujourd’hui) et bénéficier d’une entraide précieuse, ma ferme est adhérente à la Fédération des Spiruliniers de France. Elle regroupe des producteurs ayant pour intérêt la qualité et la traçabilité de leur spiruline, le respect de l’environnement et de l’humain (fermes de petites tailles, de 1 à 3 personnes en général). »

    On parlait de circuit court tout à l’heure.

    Où et quand peut-on vous rencontrer et acheter votre spiruline ?

    « J’ouvre la ferme à la visite une fois par semaine, gratuitement et sans réservation. L’occasion pour tous de découvrir et en savoir plus sur la culture de la spiruline.

    Je suis aussi présente tous les samedis matin sur le marché du centre-ville de La Rochelle (rue Amelot).

    Et je participe ponctuellement à des évènements, tels que la Fête de la spiruline, Les 48h de L’Agriculture Urbaine, diverses Fêtes des plantes organisées dans des villages de l’agglomération rochelaise et de l’île de Ré, etc. »

    🙋🏼 Vous êtes les bienvenus à la ferme !

    Ou plutôt son éternel coup de cœur !

    Les bonnes adresses de Marine…

    « La mer, tout simplement ! J’aime aller à la plage, à vélo, pour me baigner, nager ou faire une session de paddle. Les plages sur lesquelles je vais (Les Minimes ou La Concurrence) ne sont pas forcément les plus belles mais c’est avant tout un choix de proximité, pour m’accorder, tout près de chez moi, un moment de détente et de décompression après une journée bien chargée.

    La mer a toujours fonctionné comme un aimant sur moi. Elle a ce côté ressourçant et apaisant. Il suffit de regarder l’horizon, écouter le bruit de l’eau et des vagues pour lâcher-prise et ne penser à rien d’autre. »

    Une femme passionnée et inspirante

    Portrait de Marine

    Ayant grandi ici à La Rochelle, Marine a toujours été attirée par la mer. C’est alors tout naturellement qu’elle prépare, dans sa ville natale, une Licence en Biologie Marine. Elle poursuit avec un Master en Océanographie et Environnements Marins à Paris et réalise des stages en Bretagne, méditerranée, Polynésie qui lui permettent d’explorer des environnements marins différents.

    Elle décide ensuite de partir en Polynésie pour réaliser des missions de plongée, étudier les récifs coralliens, leur état de santé, les interactions avec les algues, etc. Puis en Australie, où elle devient assistante de recherche dans des laboratoires.

    De retour en France après 2 ans d’absence, elle intègre le milieu de la pêche professionnelle en Vendée. Elle embarque sur les bateaux avec les pêcheurs pour observer les espèces pêchées et la ressource existante, les engins de pêche, etc.

    Puis, au hasard d’une offre d’emploi, elle croise la route de la spiruline. Intriguée et curieuse, elle part à Marseille travailler dans une ferme paysanne qui cultive la spiruline. C’est là que tout commence !

    Elle y passe 3 ans et découvre un nouveau métier qui la passionne, équipée de bottes et les mains dans l’eau un peu salée ! Elle est aussi captivée par la biologie de cet organisme vivant, le côté recherche scientifique pour mieux comprendre, la mise en forme de la spiruline en paillettes, et la satisfaction des consommateurs sur cet aliment incroyable à la culture écologique !

    Cette expérience est particulièrement enrichissante et la conforte dans ce métier qu’elle aime et qu’elle maîtrise. Elle rêve alors à de nouvelles ambitions.

    Fin 2019, elle franchit le pas et décide de revenir aux sources et d’implanter sa propre ferme paysanne de spiruline à La Rochelle ! Entre recherche du terrain, dossiers administratifs, constructions, bricolage, bricolage et encore bricolage… la ferme démarre enfin sa production en mars 2022 grâce à beaucoup de détermination, de persévérance et au soutien précieux de son entourage !

    Aujourd’hui, Marine n’a rien perdu de son courage : elle travaille seule sur toute la ferme, de la culture à la récolte, en passant par l’ensachage, la vente directe, l’administratif et la communication !

    Thématique

    Écrit par

    Alison Boissard