Immersion dans un métier rare
Scaphandrier à Chef de Baie
Scaphandrier de père en fils Installé depuis bientôt 30 ans au port de Chef de Baie, Pascal Baron dirige Le Scaphandre, une entreprise familiale spécialisée dans les travaux subaquatiques. Héritier d’un métier hors normes, il nous ouvre les portes d’un univers mystérieux : celui des fonds marins rochelais, entre génie civil, respect du littoral et passion transmise de génération en génération.

Pascal Baron
Gérant de l'entreprise familiale Le Scaphandre
Un métier qui plonge ses racines dans l’histoire familiale
« Le grand bleu. » Voilà l’image qui vient à l’esprit de Pascal Baron quand il parle de son métier. Mais derrière cette formule poétique se cache une réalité bien concrète : celle des travaux subaquatiques dans les pertuis charentais.

Depuis quand existe Le Scaphandre, et qu’est-ce qui vous a poussé à plonger — littéralement — dans cette aventure ?
Le Scaphandre a été créé en 1983 par mes parents. Mon père, scaphandrier depuis 1968, avait travaillé un peu partout en France, puis à l’étranger sur des chantiers offshore. C’est lors de la construction du môle d’escale à La Pallice, alors qu’il était encore marin-pêcheur, qu’il a eu le déclic.
Moi, je suis né en 1965. Enfant, j’ai grandi entre combinaisons de plongée et récits de chantiers. En 1974, j’ai fait mes premières plongées dans les Caraïbes : j’ai su à cet instant que je voulais explorer ce « monde du silence » dont parlait Cousteau — qui, entre nous, n’est silencieux que pour ceux qui n’écoutent pas.
Pourquoi avoir choisi Chef de Baie comme port d’attache ?
L’entreprise a d’abord été installée au Gabut, puis aux Minimes. Mais dès que Chef de Baie a vu le jour, c’était une évidence : accès direct aux pertuis d’Antioche et Breton, proximité avec nos clients et présence d'autres acteurs du maritime. Ce port est devenu notre base naturelle.
Qu’est-ce que ce lieu représente pour vous ?
Un concentré de tout ce qui fait la vie maritime rochelaise. Ici, on est dans le concret : bateaux, savoir-faire, marées, entraide. Chef de Baie, c’est un port actif, et ça compte.
Le monde du dessous : entre apesanteur et travaux de haut vol
Sous l’eau, rien n’est jamais vraiment visible, mais tout se ressent. Bienvenue dans le quotidien des scaphandriers, ces artisans discrets qui opèrent dans les zones profondes du littoral.

À quoi ressemble une journée type sous l’eau ?
La visibilité, souvent, est quasi nulle — surtout l’hiver. On travaille à l’aveugle, au toucher, comme un malvoyant en pleine œuvre. Le silence, le froid, la pression : il faut garder son calme, faire confiance à ses gestes.
Une équipe est toujours composée d’un scaphandrier en action, d’un en secours, et d’un chef d’opération hyperbare en surface. Chaque plongée dure entre quelques minutes et trois heures, jamais plus. On alterne, on se relaie, on prépare minutieusement. C’est un ballet millimétré, avec la sécurité en ligne de mire.
Un chantier marquant à partager ?
Il y en a deux que je n’oublierai jamais : la construction du pont de l’île de Ré, et la pose du rejet de la station d’épuration de Casablanca. Deux échelles différentes, mais un même engagement. Et puis, il y a eu les débuts de la culture des moules sur filières, à Charron. Un virage local et durable auquel on a participé activement.
Des rencontres inattendues sous l’eau ?
Parfois, un poisson surgit dans votre champ de vision comme une surprise. Mais on est concentré. Ce n’est pas de la plongée loisirs. Cela dit, il m’est arrivé de sentir une présence, sans jamais rien voir… L’océan vous rappelle que vous n’êtes jamais seul.
Un savoir-faire utile à l’environnement
Pas de discours, des gestes concrets. Pascal et son équipe œuvrent chaque jour à limiter leur impact et même à réparer, autant que possible, ce qui peut l’être.
Comment votre activité s’inscrit elle dans le respect du littoral ?
Déjà, parce que notre terrain de jeu est aussi notre lieu de vie. On trie, on récupère, on recycle. On utilise des huiles biodégradables, on pose des mouillages écologiques, on filtre les eaux de cale souillées.
Votre expertise est-elle sollicitée pour des projets de protection ?
Oui, avec le département et le parc marin, on collabore sur la mise en place de mouillages écologiques, notamment pour éviter d’abîmer les herbiers marins. Notre connaissance du terrain, même à l’aveugle, est précieuse.
Avez-vous vu une évolution dans l’état des fonds marins ?
Moins de déchets visibles ces dernières années, c’est vrai. Mais aussi, moins de vie. Il y a 15 ans, on croisait régulièrement des hippocampes. Aujourd’hui, c’est devenu un événement rarissime. La mer nous parle. À nous de l’écouter.

Transmettre et inspirer, à terre comme sous l’eau
Pas de profil type. Juste de la passion et du courage. Chez Le Scaphandre, l’équipe est composée d’anciens militaires, de mytiliculteurs, de marins, de gens curieux de changer de cap.
Comment devient-on scaphandrier ?
Il faut un CAP et un niveau 3 en plongée loisirs. Puis, une formation professionnelle spécialisée, avec certification d’aptitude à l’hyperbarie. C’est intense, mais nécessaire. On n’improvise pas une plongée à 20 mètres de profondeur avec des outils entre les mains.
Y a-t-il un esprit d’aventure chez vos coéquipiers ?
Forcément. Il faut aimer l’eau, être manuel, bricoleur, calme. C’est un métier où la routine n’existe pas. Et une bonne santé physique bien sûr.
Faites-vous découvrir ce métier au grand public ?
Oui, à l’école maritime, dans des écoles rochelaises, ou lors d’événements comme la fête du port de pêche.
Des lieux pour admirer la mer autrement
Pour voir la mer sans plonger ?
- La Pointe des Minimes, au coucher du soleil, magique.
- Le Pointe du Plomb, côté Pertuis Breton, vue sur l’ile de Ré.
Sous l’eau ?
L’épave du Sauerland, à la sortie du pertuis d’Antioche. Un monde en soi.
Une adresse pour ceux qui veulent découvrir le littoral autrement ?
Une sortie en mer avec un mytiliculteur ou un pêcheur local. Pour comprendre ce que la mer exige et offre.
Portrait express : Pascal Baron
Profession : scaphandrier et dirigeant de l’entreprise familiale Le Scaphandre
· Lieu : port de Chef de Baie, La Rochelle
· Année de création de l’entreprise : 1983
· Objet : travaux subaquatiques, maintenance maritime, expertise sous-marine
· Vision : transmettre, protéger, plonger utile

🗨️ Jeter un déchet à la mer, c’est comme cacher la poussière sous le tapis
À votre tour de voir la mer autrement.
Vous croiserez peut-être un scaphandrier au port de Chef de Baie. Invisible de la surface, mais indispensable au monde sous-marin.
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Écrit par
Barbara Bruneel